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Interdire le casque audio n’accroît pas la sécurité

Prise de position concernant l’intervention visant à interdire les casques audio à pied et à vélo

Interdire les casques audio aux modes non motorisés n’augmente pas la sécurité routière. Au contraire, cette proposition dissimule la vraie nature des problèmes de sécurité et reporte la responsabilité des individus constituants un danger sur ceux mis en danger. Car sur la route, la principale menace émane toujours des véhicules à moteurs. Les mesures de sécurité routière doivent par conséquent s’appliquer aux transports motorisés. 

Dans une intervention parlementaire, le conseiller national Ulrich Giezendanner souhaite une nouvelle fois restreindre les droits des modes non motorisés. L’association Mobilité piétonne Suisse s’oppose à ce que les potentielles victimes soient accusées d’être responsables des accidents et que l’on fasse endosser aux plus faibles une responsabilité qui ne peut en réalité qu’incomber aux transports motorisés. Cette position discrimine par ailleurs celles et ceux qui se déplacent à pied en leur demandant de renoncer à un comportement fortement répandu.

À titre de comparaison, des mesures comparables ne sont pas envisagées pour les transports motorisés, alors qu’elles apporteraient un réel gain en termes de sécurité, en particulier si la distraction au volant était plus fermement sanctionnée. À l’intérieur de sa voiture, fenêtres fermées, on n’entend en outre pas plus qu’en marchant en écoutant de la musique avec un casque.

En reportant la responsabilité des transports motorisés sur les modes non motorisés, l’intervention porte atteinte au principe de sécurité de base selon lequel le mode le plus fort tient compte du plus faible. Mobilité piétonne Suisse désapprouve par conséquent l’interdiction du casque audio pour les personnes à pied, forte des arguments suivants :

  • Écouter de la musique et utiliser le guidage vocal ne doit pas être réservé aux personnes qui conduisent une voiture, un bus ou un camion ;
  • L’attention auditive devraient être la même pour toutes et tous sur la route. L’autoradio et le kit mains-libres ne devraient-ils pas, sinon, également être interdits? Devrait-on exiger de conduire les fenêtres ouvertes afin de mieux discerner les bruits alentours ? Ces perspectives ne sont pas réalistes ;
  • Juridiquement, «les piétons» désigne toutes les personnes qui se déplacent ou séjournent dans l’espace public. Une interdiction des casques audio dans l’espace public mènerait probablement à une augmentation, indésirable, des enceintes portables ;
  • Finalement, l’importance du problème est moindre que l’on veut bien nous le faire croire: selon le dossier pour la sécurité des déplacements à pied du bpa, seul 1% des accidents impliquant des piéton·ne·s est dû à leur inattention tandis que la distraction au volant est responsable de 16% de ces accidents. L’intervention parlementaire demandant d’interdire les casques audio passe donc à côté du véritable problème.

Mobilité piétonne Suisse fait appel à la responsabilité individuelle des personnes à pied. Les signaux acoustiques constituent certes une source importante d’informations au niveau de la sécurité routière. Quiconque se déplace avec des écouteurs doit donc être conscient de la réduction de sa capacité cognitive et compenser ce déficit par une attention visuelle accrue.

En étant inattentif ou distrait à pied, on met avant tout sa propre vie en danger; la menace pour des tiers est marginale. Ce sont les personnes au volant de véhicules motorisés qui mettent potentiellement en danger la vie d’autrui. Les mesures de sécurité routière doivent par conséquent viser le transport motorisé. Les manières les plus efficaces pour améliorer la sécurité routière sont indéniablement la diminution des vitesses de circulation et l’application conséquente de l’interdiction d’utiliser les smartphones au volant.

04.07.2017